Selon une étude canadienne publiée dans la Revue Radiology, les personnes vivant avec le VIH et sans maladie cardiovasculaire non calcifiée connue sont susceptibles de présenter une charge athéromateuse coronaire deux à trois fois plus importante que des volontaires sains non séropositifs. Les chercheurs ont déclaré que les résultats soulignent l'importance d'un mode de vie sain chez les personnes vivant avec le VIH.
Caractérisation de la plaque d’athérome par coroscanner chez les patients VIH
Le sida a diminué depuis vingt ans, en grande partie grâce au traitement antirétroviral, qui ne guérit pas la maladie mais aide à la contrôler. Aujourd'hui, les personnes infectées par le VIH vivent plus longtemps et sont de plus en plus sujettes à des maladies liées à l'âge, telles que la coronaropathie.
Des études en Amérique du Nord et en Europe ont montré un plus grand risque de crise cardiaque chez les personnes vivant avec le VIH par rapport à la population générale, en tenant compte des facteurs de risque, sans explication précise. Dans une nouvelle étude canadienne prospective publiée dans la Revue Radiology, les chercheurs ont comparé, par coroscanner, la charge athéromateuse et les caractéristiques de la plaque coronaire chez 265 participants, dont 181 personnes asymptomatiques vivant avec le VIH sans maladie cardiovasculaire connue et 84 volontaires sains non VIH.
Une prévalence et un volume de plaques non calcifiées supérieure chez les patients VIH
Tous les 265 participants ont fait l’objet d’un score de calcium des artères coronaires et la plupart d’entre eux a également subi une coronarographie. Les radiologues lecteurs, qui n'avaient pas été informés des caractéristiques cliniques des participants ni de leur statut VIH, ont utilisé les résultats de du coroscanner pour catégoriser les plaques coronaires comme calcifiées, non calcifiées ou mixtes. Il n'y avait aucune différence entre les deux groupes en ce qui concerne le score de calcium des artères coronaires ainsi que la prévalence globale de la plaque. Le score de risque médian de Framingham à 10 ans, une mesure couramment utilisée pour estimer le risque de maladie coronarienne, était également similaire.
Cependant, la prévalence et le volume de plaques non calcifiées étaient deux à trois fois plus élevés lors de la coronarographie chez les personnes vivant avec le VIH par rapport aux volontaires sains non VIH après ajustement des facteurs de risque cardiovasculaire. « Notre étude montre que la plaque coronarienne non calcifiée augmente chez les personnes vivant avec le VIH, explique l'auteur principal de l'étude, le Dr Carl Chartrand-Lefebvre, du Département de radiologie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Et il a déjà été démontré que la plaque non calcifiée était associée à des accidents cardiovasculaires plus fréquents que les plaques calcifiées ou mixtes. »
Des plaques non calcifiées plus dangereuses que les calcifiées
La fréquence des plaques calcifiées est en effet réduite chez les personnes vivant avec le VIH. D’autre part, le traitement avec des inhibiteurs de protéase a été associé à un volume plus élevé des plaques de façon globale. Selon le Dr Chartrand-Lefebvre, les différences de composition chimique des plaques d’athérome entre les deux groupes sont probablement dues à un certain nombre de facteurs, dont le traitement antirétroviral. « De nombreuses études suggèrent qu'il y a probablement un impact de la thérapie antirétrovirale qui pourrait augmenter le risque de maladie coronarienne, bien qu'il y ait beaucoup plus d'avantages pour les personnes vivant avec le VIH à suivre une thérapie antirétrovirale, au lieu de ne pas la prendre », a-t-il déclaré.
Communiquer auprès des personnes VIH sur le risque accru de complications cardiovasculaires
Les résultats de l'étude suggèrent que l'adoption d'un mode de vie sain, essentiel pour prévenir la maladie athéroscléreuse dans la population générale, peut être particulièrement importante pour les personnes vivant avec le VIH. Le Dr Chartrand-Lefebvre a recommandé que les personnes vivant avec le VIH soient conscientes de leurs facteurs de risque cardiovasculaire tels que le tabagisme, le diabète, l'hypertension artérielle, l'obésité et le manque d'exercice physique. Ils devraient également discuter avec leur médecin des meilleurs moyens de prévenir les maladies cardiovasculaires.
« Pour les radiologues, ces résultats suggèrent que l'interprétation du coroscanner chez les personnes vivant avec le VIH devrait probablement inclure la quantification de la plaque coronaire par sous-types pour permettre une meilleure stratification du risque cardiovasculaire », a conclu le Dr Chartrand-Lefebvre.
La nouvelle étude s'inscrit dans la Canadian HIV and Aging Cohort Study (CHACS), un vaste essai multicentrique basée au Centre de recherche du CHUM. Le CHACS a été mis en place en 2012 par le Dr Cécile Tremblay et est maintenant dirigé par le Dr Madeleine Durand.


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